Le groupe musical Zin, de sa genèse à sa démotivation


La musique haïtienne connaît plusieurs groupes dont quelques musiciens sont issus d'une même famille, c'est le cas de T-Vice, de Magnum Band ou des Frères Dejean. D'un même quartier, Tabou combo en est le plus bel exemple. D'une même école classique, c'est le cas de Septentrional. Ou d'une même université, le groupe Zin est bel et bien de cette catégorie. "City College Of New-York" a vu naître, grandir et mûrir promptement la formation musicale Zin.


"City College Of New-York", l'une des plus prestigieuses et plus anciennes universités de la capitale commerciale du monde comptait à ses rangs beaucoup d'étudiants haïtiens au cours des années 80, nous pouvons citer, entre autres, Alex Abélard, Eddy Saint-Vil, Pierre Michel Théodat, Salazar Jean-Baptiste et sans oublier Enguel Désir. Ce sont eux qui allaient tirer du néant le groupe Zin en 1986. D'autres étudiants à l'université étaient de loin ou de près des supporters de ce jeune groupe musical.


Tous étaient inconnus sur la scène musicale haïtienne, hormis Alex Abélard, grand musicien multi-instrumentiste, lequel a déjà composé un tube intitulé "Héy" en compagnie de Danielle Thermidor.

Eddy Saint-Vil, excellent footballeur à l'université et l'un des étudiants les plus calés en mathématiques était l'auteur-compositeur-interprète de "Pa Dekouraje" la première chanson du groupe Zin. Néanmoins, les musiciens ont attendu jusqu'à 20 février 1987 pour offrir leur première prestation toujours à leur université. C'était un coup d'essai qui allait tourner en coup de maître.


L'appellation "Zin" est proposée par Alex Abélard en 1986, puis acceptée malgré Pierre Michel Théodat n'a aimé ni le nom ni son orthographe. Le groupe s'est lancé en format "Drum machine" avec une quantité infime de musiciens. Alex Abélard comme Guitariste et directeur musical, Eddy Saint-Vil (Guitariste, le premier "hit-maker" du groupe), Gardy Jean-Charles (Bassiste), Alan Cavé (chanteur), Syto Cavé Junior, frère d'Alan (Keyboardiste) et Régine Thadal (première chanteuse du groupe). On ne saurait oublier Pierre Michel Théodat, Salazar Jean-Baptiste, Enguel Désir ou encore Jean Béliard Lucien qui étaient toujours présents comme des supporters du projet.



Le passage d'Alan Cavé: de l'anonymat à une explosion


Quoiqu'il soit la figure de proue du groupe Zin, voire la superstar, Alan Cavé ne fait pas partie des membres fondateurs. Il vivait à New-York, bourré de talents mais sans être encadré par de bons musiciens. Alan caressait l'idée de sortir un album solo. Pour ce faire, Wuydens Joseph, le chanteur du groupe Papash a fait le pont entre lui et Alex Abélard afin que ce dernier lui donne un coup de pouce. Après tant de séances Alex a pu remarquer que le fils de Syto Cavé a le loisir de percer avec sa voix unique et qu'il ne doive être que dans son groupe musical.


Les autres musiciens fondateurs ont chaleureusement accueilli Alan Cavé. Il a fait long feu dans le groupe tout en étant l'un des compositeurs les plus prolifiques. La suite vous appartient!!!


Le groupe Zin et ses albums à succès


La formation musicale Zin est une véritable machine à hits pour répéter nos confrères aînés. Le premier album titré "Fè M Vole" a fait un carton en Haïti comme en terre étrangère. C'est un album qui a connu un succès fou à partir duquel le groupe a taillé une place de choix dans le cœur des mélomanes. D'autres opus ont succédé à "Fè M Vole" et chacun d'eux a aussi procuré du succès. Avec "O pa", "Yo Pou Zin", "Alan Cavé + Zin" et "Manyen W", le groupe musical Zin faisait partie des groupes les plus demandés au début des années 90.


La machine à hits tournait à plein régime à la fin des années 90 et au début des années 2000. "I Don't Know", "Kanpe Sou Bit" et "3 Lèt Sèlman" sont d'autres albums ayant connu du succès. "Pi Rèd", le dernier album de la bande à Alex Abélard n'a pas connu un grand succès comme les précédents, en outre, il n'a pas non plus passé comme une lettre à la poste.


Les hits de Zin n'ont pris aucune ride


Sans aucun risque de nous tromper, Zin est l'un des groupes de la nouvelle génération ayant produit plus de hits. Pendant vingt ans d'activités les hits poussaient comme des champignons au sein de ce groupe. Jusqu'à date ses compositions gardent leur fraîcheur. Les moins jeunes d'aujourd'hui gardent souvenance de Zin et ses hits qui coulaient à flot dans les bals, les resto-dansants, les journées récréatives et sur la bande FM .


Du premier hit du groupe, "Pa dekouraje" écrit par Eddy Saint-Vil jusqu'au dernier "ou jwenn bout mwen", écrit par Pierre Michel Théodat et encore Eddy Saint-Vil, Zin est comme pas un, la machine à hits de la nouvelle génération.


Cet article serait trop long si nous voulions donner tous les tubes de cette formation musicale. Toutefois, nous pouvons donner une liste non exhaustive avec "Fè M Vole", le titre homonyme du premier album composé par Eddy Saint-Vil, "O Pa", "Nan Nan nan", "Men Zin", "Tou Piti", "Lage M", "Union", "Manyen W", "Kòk", "All I Want", "Ou Se", "Happy Birthday", "Ti Randevou", "Ma Rose", "Matcho Siwo", "Tou Piti","Fanm Douce" et "Chokola".



Zin et son histoire d'amour avec les chanteuses


Nous pouvons compter sur les doigts de la main les femmes qui ont marqué le Compas direct. Il va sans dire que ce genre musical est un peu sexiste et ne donne pas trop de privilèges aux femmes de se mettre en valeur. En dépit de tout, plusieurs chanteuses se sont succédé au sein de Zin. Les unes plus impressionnantes que les autres.


Entre la formation musicale Zin et les chanteuses, il y a une histoire d'amour. Aucun groupe sur l'échiquier de la musique haïtienne n'a vu défiler autant de chanteuses que Zin. Mis à part les groupes formés uniquement de femmes.


Entre Régine Thadal, la première chanteuse du groupe à Burthonley Deslouche (Bébé), la dernière, quelque dix autres accompagnaient Alan Cavé au devant de la scène. Florence Caze (Zshéa) qui portait l'extravagance dans l'âme et Georgie Métellus, la plus grande "front woman" du groupe ont une histoire mémorable au sein de Zin. Cette dernière a quitté le groupe en 1993, puis au début des années 2000. Nous ne pouvons mettre dans le panier de l'oubli d'autres chanteuses comme Magguy Foreste, Daniella Fleuriot, Magdala Desgrottes (communément appelée Ti Maggy), Sherley Desgrottes, Sandra Cadet, Véronique Jérémy, Daphnée Darry ou encore Virginia Mahotière (Nia), l'interprète de "Tounen". Lesquelles ont aussi signé leur nom dans les annales de Zin.



L'enjeu de la mixité au sein de Zin


La mixité au sein de la formation musicale Zin a engendré des idylles. Les relations au sein du groupe étaient très amicales, conviviales, voire sentimentales. Lorsqu'un groupe de jeunes de sexe opposé et à fleur de l'âge partagent la même scène musicale, rien ne peut empêcher qu'ils partagent aussi la vie ou le lit. Cela se produit dans toutes les grandes industries musicales.


Ces ouï-dire se propageaient comme une trainée de poudre. Les musiciens concernés n'avaient rien confirmé, mais en réalité les liaisons amoureuses existaient dans le groupe pendant de longues années. Cependant, ce qui est certain, le jeu d'ensemble existant entre les gars et les femmes était toujours bénéfique pour le groupe sur le plan musical.


Le groupe Zin et la polémique


Pour certains il y avait une polémique entre Zin et Sweet Micky, pour d'autres c'était entre Michel Martelly et Alan Cavé. Ce que les musiciens et responsables du groupe Zin ont toujours rejeté d'un revers de main. Cependant, entre le groupe Phantoms et Zin il y avait de l'eau dans le gaz au début des années 90, soit entre 1991 et 1994, des années au cours desquelles la bande à Alex Abélard avait le vent en poupe.

Durant cette période Le groupe Zin était surnommé surtout à New-York "The hits music factory", en raison de ses tubes qui pleuvaient. Les succès du groupe allaient prendre racine selon plus d'un. Les musiciens de Phantoms, en particulier King Kino ayant évolué aussi à New-York sont sortis de leur gonds et s'autoproclamaient "the pioneer of the new generation". Dès lors, entre les deux formations musicales, il y avait une polémique amère où King Kino tirait à boulets rouges contre les musiciens de Zin.

D'autres personnalités qui ont marqué le groupe Zin


Non seulement les musiciens fondateurs précités, les supporters et les femmes, d'autres personnalités ont peu ou prou marqué leur présence au sein de Zin.


Si le groupe a fait son début en format "Drum machine", au fil du temps, une pléiade de musiciens ont défilé sur le podium de Zin, soit pour compléter l'équipe, soit pour remplacer ceux qui ont laissé. Le batteur Patrick Appollon est le premier musicien à la section des percussions, puis Jacques Barbot, le premier tambourineur qu'à connu le groupe. Zin a connu une flopée de keyboardistes, nous pouvons citer, entre autres, Michaël Célestin, Ans Jeannot, Cassique Jean-Louis et Gaby Catin. La machine à hits a aussi connu plusieurs autres Bassistes dont Boby Raymond et Carrie Legagneur, sans oublier Roméo Volcy , le Percussioniste.


Il est impossible d'oublier Jean-Claude Denis qui était un maillon important de la chaîne du groupe. Il était à la fois un grand investisseur et le "road manager" de cette formation musicale. Ce comptable de renom à l'État de New-York ne peut nullement être dans l'anonymat quand on parle du succès de la machine à hits.


Zin, entre la fin d'une belle histoire et la démotivation


Les musiciens ne veulent pas entendre que le groupe s'est éteint définitivement. Pour eux, Zin est toujours présent sur la scène musicale, mais inactif. Une décision qu'ils avaient prise en 2010 après le séisme.

Nia n'était plus disponible pour le groupe. Elle a laissé New-York pour aller s'installer à Miami pour commencer une étude en "Nursing". Alan Cavé de son côté voulait se consacrer à sa carrière solo après plus de deux décennies au sein de Zin. Alex Abélard et les siens ne voulaient pas baisser les bras. En 2009 ils ont fait appel à deux jeunes, fort talentueux et fougueux pour continuer la route avec brio. C'étaient Paul Borno (Polo) et Burthonley Deslouche (Bébé). Les musiciens n'ont pas tardé à sortir un single de trois morceaux, dont "Ou Jwenn Bout Mwen" qui a fait un tabac avec Polo en lead et "Li Di M", interprété par Bébé.


L'interprète de "ou jwenn bout mwen" a bien commencé son chemin et a tapé à l'oeil quelques fans inconditionnels du groupe. En décembre 2009 Zin a réalisé une très belle tournée en Haïti avec Alan et Polo comme chanteurs, Quant à Bébé, elle n'a pas pu entrer en Haïti.


Plusieurs événements ont démotivé les musiciens. Bébé s'est trouvée dans l'obligation de couper le pont entre elle et le groupe en raison des obligations familiales. Quelques jours après, le séisme du 12 janvier 2010 a paralysé toutes les activités culturelles. Ce sont les deux raisons pour lesquelles les musiciens étaient démotivés et deviennent inactifs sur la scène musicale.


Selon Pierre Michel Théodat, notre source à cet article, les musiciens de Zin avaient d'autres cordes à leur arc. Ils se consacrent dans d'autres activités professionnelles, toutefois, Zin peut s'offrir en spectacle à tout moment comme il l'a déjà fait à maintes reprises.



Nazaire Nazario JOINVILLE

nazairenazario89@yahoo.com

    ADDUCTION MEDIA
Recommanded Reading
Search By Tags
Follow "THIS JUST IN"