Le Compas direct, à travers ses ans.


Adduction Média revient sur le Compas haïtien au temps des vinyles en mettant la lumière sur la compilation: Un résumé alléchant datant de la période 1960-1978.


Chaque année, le 26 juillet ramène l'anniversaire du Compas. Les évolutions artistiques s'apparentent rarement à une découverte ex nihilo,mais résultent plutôt d'un processus inscrit dans le temps.


Ce jour-là, en tout cas en 1955, la musique haïtienne aurait connu une mutation majeure à l'initiative de Jean-Baptiste Nemours patron d'un orchestre sillonnant le pays pour animer les fêtes patronales. À ses musiciens, il demande de ralentir et adapter le méringue qui fait fureur sur l'autre partie de l'île, aujourd'hui appelée République Dominicaine. Ce qui se faisait jusque-là pouvait par exemple ressembler à ce mal élevé du saxophoniste Raul Guillaume, paru en 78 quelques années plus tôt, dans cette décennie déterminant et mêlant nombres d'influence régionales, y compris celles de Cuba.


Si aujourd'hui la scène haïtienne est marquée par une rivalité savamment entretenue, surtout en période de carnaval entre les groupes T-vice et Djakout#1, une autre concurrence bénéfique d'un point de vue artistique existait dans les années 60 entre Jean-Baptiste Nemours et le saxophoniste Webert Sicot. Celui-ci tente de s'attaquer à son adversaire en lançant en 1961 sa variante nommée "Cadence rempa", qu'il continuera de défendre encore à la fin de sa carrière, comme l'illustré ici le morceau Ambiance Cadence daté 1979.


Début du Compas Pour comprendre la vie artistique haïtienne de cette période, il faut la replacer dans le contexte, comme le souligne à juste titre le deejay Hugo Mendez en introduction du livret très instructif de cette compilation d'addction Média. Les débuts du compas ont eu lieu au moment où François Duvalier accède à la présidence de la première république noire, fonction qu'il conserve à vie en durcissant son régime, protégé par sa milice des tontons macoutes qui font régner la peur. C'est à l'un d'entre eux que Nemours défie sa chanson Ti Carole,en 1966.


Les artistes se plient plus ou moins facilement aux courbette qu'on leur demande de faire, mais tous savent qu'il n'ont guère le choix. Ou alors il faudra emprunter le chemin de l'exil, aux États-Unis ou au Canada, principalement. Ils vont être de plus en plus nombreux à prendre cette décision tandisque la situation empire dans leur pays. À l'image de Fred Paul fondateur du label Mini Records.


Quand il a coiffé la casquette de producteur, il voulait surtout pouvoir écouter la musique haïtienne alors introuvable sur sa terre d'acceuil. Avec le succès international de Tabou Combo et son tube New York City, au milieu des années 70, sa structure est devenue une référence en matière de compas. La formation emmenée aujourd'hui par Shoubou, représentée sur tous les réso-Sociaux par un titre de 1969 (ce pas) extrait de leur tout premier disque, faisait partie d'une nouvelle génération de groupes ayant émergé sur la scène locale. Ce courant a pour nom mini-jazz. Parce que les formations comptent dans leurs rangs moins de musiciens, et sûrement par analogie à la mi-jupe très en vogue à l'époque. une forme de modernité s'installe.


Une énergie nouvelle La société, l'ambiance dans la capitale est certainement celle que décrit Dany Laferrière dans son roman le goût des jeunes filles". Les années 60, ce sont, pour l'occident chrétien les années de la jeunesse, de cette jeunesse qui se donnait pour mission de tout chambarder, qui remettait tout en question: L'amour, la mort, l'argent, la maternité, la beauté,etc. Et c'est la musique qui était le principale moyen d'expression, On se souvient de Woodstock.........Cela ne se passait pas différement à Port-au-prince, mais dans les années 70. De jeunes musiciens ont sauté sur la scène, avec un style original, une Énergie nouvelle, fait dire l'écrivain élu récemment à l'Académie française à un de ses personnages.


Pour s'en convaincre, il y a ce magique Pile où la face paru en 1972 et sur lequel souffle l'esprit de funk, avec un chanteur qui s'égosille à la façon d'un James Brown. Où encore les huit minutes de TiLu Lupe de scorpio Universel, formé par le guitariste Roberto Matino, transfuge des difficiles de Petion-ville et qui partage encore souvent la scène avec les enfants à la tête de T-Vice figure emblématique du compas d'aujourd'hui.



Michel Jeanbenson

jeanbenson724@gmail.com

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