2019 : Carnaval ou Cas Navrant ?


Alors qu’à la fin de l’année 2018 le Président de la République Son Excellence M. Jovenel Moise annonçait la tenue du carnaval national dans la ville des Gonaïves tous les yeux étaient fixés sur cette destination. Après la journée du 12 Janvier 2019, les activités pré-carnavalesques sont lancées dans la commune de Port-au-Prince et aussi dans d’autres communes du pays. Présidé par l’Ancien Maire de la commune de Port-au-Prince, Muscadin Jean-Yves Jason, le comité organisateur du Carnaval était déjà à pied- d’œuvre. Dans l’intervalle, la conjoncture sociopolitique et socio-économique se dégrade et un climat de perplexité s’installe. 500 meringues environ incluant celles des artistes et des formations musicales sont publiées. Mais les activités pré-carnavalesques, étant entachées d’actes d’insécurité palpables, inquiètent un peu le public. Alors que des appels sont lancés à l’ endroit des autorités responsables afin de rétablir la sécurité, arrive la date du 7 février. Une date historique et politique pour le peuple haïtien. Des séances manifestations sont annoncées. Et 7 et 8 et 9……, la tension monte jusqu’au 15 février et l’on assiste a l’extension d’un nouveau slogan intitulé « Pays locked ». Un silence de cimetière de la part des acteurs organisateurs du carnaval national est constaté. D’un coté une décision finale est attendue par la population, d’un autre coté le Ministre de la Culture et de la Communication, M. Jean Michel Lapin, déclare vouloir suivre la décision de la majorité en tenant compte de l’intérêt du public. Mais Quelle est ou quelle sera cette décision de la majorité ? Contacté à ce sujet, le Secrétaire d’Etat à la Communication M. Eddy Jackson Alexis eut à répondre : « Il n’y a pas encore une décision officielle » Flou Total !

Quelle réaction de la part du secteur musical haïtien face à cette situation ?

En Haïti l’un des secteurs les plus importants dans la réalisation du carnaval est le secteur musical. Voyons leurs réactions y relatives. Pour leur part, certains animateurs de Radio font des propositions. Parmi ces propositions on retient celle visant une réduction du budget alloué à l’organisation du carnaval cette année. Cependant, ce qui rend complexe cette proposition est le fait que la réduction de ce budget entrainera automatiquement la prise d’autres mesures. Outre des propositions des animateurs, il y a la position de certains musiciens et formations musicales. Certes, faute d’associations structurées de musiciens d’artistes les positions divergent et laissent entrevoir de la confusion. C’est là qu’on se rend compte de toute l’importance de SKAPA (Sektè kiltirèl Ayisyen pou Ayiti). Si cette association était structurée elle représenterait une vraie force d’influence et de pression dans ce cas précis, et qui sait, on aboutirait à une porte de sortie. Des formations musicales se retirent définitivement et ouvertement du carnaval. C’est le cas de « Vwadèzil ». Le chanteur vedette de la formation musicale T-Vice, l’un des ténors indiscutable des festivités carnavalesques, Roberto Martino, a pris position en élucidant qu’il est préférable d’annuler le carnaval prévu les 3, 4, 5 mars prochain et d’en projeter l’organisation au cours de la période estivale 2019 moyennant une stabilité économique et politique. Entre temps, certains Conseils Municipaux dont celui de Port-au-Prince et de Croix-Des-Bouquets annulent officiellement la tenue des activités pré-carnavalesques et carnavalesques dans leur commune respective.

Quid des Sponsors ?

Compte tenu de la nouvelle formule de l’organisation du carnaval qui y favorise une forte implication du secteur privé soit à hauteur de plus de 60%, il est à souligner que pour cette année 2019 certaines institutions commerciales, dont la SOGENER, en avaient déjà annoncé leur retrait. Un retrait avec des justificatifs politiques et économiques. D’autres se faisaient réticentes. D’autant plus l’aggravation de la situation socio-économique causée par l’inflation, la dépréciation de la Gourde par rapport au Dollar américain, la diminution du pouvoir d’achat, rendait déjà précaire ce secteur. En 2018, à moins de 10 jours de la date retenue, le comité étant en charge de l’organisation des festivités carnavalesques donnait déjà la conférence de presse officielle lançant un carnaval dont l’objectif était : « Carnaval sans dette », et du coup ce comité s’enorgueillissait de la réponse immédiate de la majorité des sponsors. En 2019, ce comité actuel peut-il en dire et en faire autant à moins de 10 jours des dates retenues pour le Carnaval ? Doute sur toute la ligne ! Le pire dans tout cela c’est qu’il ne s’agit pas du doute cartésien. Donc il est macroscopique de constater que la réalisation du carnaval est hypothétique et son organisation branlante.

Coup d'œil sur la situation politique de la ville des Gonaïves

La Cité de l'indépendance devant accueillir pour une deuxième fois le carnaval National vit une conjoncture politique très différente de celle de 2014.

Récapitulons un peu : Nous sommes en 2014 où l'une des personnalités politiques les plus influentes de cette ville ou encore du département de l'Artibonite, en l'occurrence le Sénateur Youri Latortue, est l'un des conseillers spéciaux du président Michel Joseph Martelly. Deux mois avant la date retenue pour le Carnaval certains travaux d'aménagement pouvaient être constatés ne serait-ce temporairement. Il est évident que l’harmonie et le compromis politique étaient présents. Ce qui a entrainé d’une part la convergence des idées et d’autre part une campagne de mobilisation et un enthousiasme fou des Gonaïviens.

Aujourd'hui où en sommes-nous ? Les constats sont-ils les mêmes ? Probablement non, puisqu'au niveau politique cette personnalité qu'on a susmentionné n'est pas en commun accord avec le pouvoir en place. Il a même avoué d'être un élément de l'opposition. Et qui dit opposition dit des revendications, des séances de manifestations fréquentes et parfois violentes. D'où l'instabilité politique. Notons que la ville des Gonaïves fait référence aux régions où les revendications liées à la politique peuvent être très violentes. Les événements de l'année 2004 en disent long. Donc, après ces 9 jours de grandes protestations et mobilisation dans la ville des Gonaïves avec l'un des leaders politiques les plus influents dans le camp de l'opposition forcément il y a de quoi faire semer encore des doutes dans les esprits quant à la tenue des activités carnavalesques. D’autant plus, en 2017 le malaise se faisait sentir, car la ville des Gonaïves a eu son propre carnaval. Un carnaval qui a été organisé sous fond de polémique. Une polémique dont la participation ou non de la formation musicale « Sweet Micky » était la base. Aussi, à un moment où l'autorité de l'Etat est remise en question, le ministère de la Culture et de la communication est-il ou sera t-il en mesure de sensibiliser, de mobiliser les ressources nécessaires, de dissiper ces doutes au sein d'une population, qui cette année, développe une certaine antipathie pour le Carnaval. Même quand pour certaines gens cette antipathie ne serait pas naturelle, elle découle plutôt d'une certaine manipulation du secteur de l'opposition.

Cas Navrant ?

Fête populaire, fête mondaine, l’une des plus grandes manifestations Culturelles et populaires haïtiennes, espace de défoulement et de libre expression, le carnaval 2019 se trouve dans une impasse, il est comme entre l’enclume et le marteau. Considéré comme une source de revenus sure pour plusieurs acteurs culturels cette année tout ne se déroule pas comme prévu. Et ils s’en plaignent. La question qu’on se pose est la suivante : « La conjoncture actuelle est-elle propice à l’organisation du Carnaval ? » Les problèmes sociopolitiques et socio-économiques font actuellement de ce pays une poudrière sociale, ainsi faudrait-il éviter les étincelles. Et pour en éviter l’aspect sécuritaire est primordial. Un aspect qui n’est pas garanti. Et la faiblesse du secteur qui s’en charge est visible à l’œil nu. A titre de rappel pour les 4 dimanches pré-carnavalesques deux morts par balles ont été enregistrées. Habituellement le temps consacré en moyenne à l’organisation du carnaval varie entre 30 à 60 jours et malgré tout, son contenu laisse toujours à désirer, alors en toute franchise ne devons-nous pas nous attendre au pire comme contenu avec moins de 10 jours de préparation ? Oui le carnaval de cette année reste un cas qui inquiète, qui désole qui décourage, d’où un cas navrant. Alors, Pourquoi chercher midi à quatorze heures ? La solution est là et la décision à prendre est simple il ne reste qu’aux entités responsables de prendre en main leur courage et de la prononcer. A noter que l’histoire en tiendra compte.

Chrislène Lubin Journaliste, Spécialiste en Relations Internationales lubinchrislene122@hotmail.com

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